La prévention des cancers : une opportunité de taille encore sous-exploitée en Belgique

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Politique de santé

La prévention ne se limite pas uniquement à la vaccination

La prévention est souvent spontanément associée à la vaccination, mais le concept est beaucoup plus large. Il s'agit d'un ensemble cohérent d'actions qui contribuent à réduire l'émergence, la propagation, la gravité et la progression des maladies, telles que le cancer. On peut envisager les actions de prévention sous différents angles et les classer, par exemple, en fonction de groupes cibles. On distingue ainsi quatre types de prévention : 

  • Prévention universelle : mesures destinées à l'ensemble de la population, telles qu'une politique efficace de lutte contre le tabagisme ou des campagnes en faveur d'une alimentation saine et de l'exercice physique.
  • Prévention sélective : interventions visant les groupes à haut risque, comme le dépistage du cancer du sein ou du colon au sein de la population.
  • Prévention indiquée : actions destinées aux personnes présentant des signes précoces ou des signes avant-coureurs de la maladie, par exemple le suivi des personnes chez qui des anomalies précancéreuses ont été diagnostiquées.
  • Prévention liée aux soins : soutien aux patients souffrant de problèmes de santé existants afin d'éviter une exacerbation, des complications ou une rechute, par exemple par un traitement optimal des comorbidités chez les patients atteints d'un cancer du poumon.

La Belgique n'exploite pas suffisamment le potentiel de prévention

Malgré l’efficacité démontrée de la prévention, la Belgique investit encore nettement moins dans la prévention que la plupart des autres pays européens [2]. Plusieurs experts et organisations soulignent depuis des années une approche fragmentée, des ressources limitées et une forte concentration sur le traitement des maladies plutôt que sur la prévention.

Bien que des programmes de dépistage à grande échelle existent déjà dans les trois régions pour les cancers du poumon, du colon et du col de l'utérus, la participation à ces programmes est insuffisante : 

  • En Flandre, 64 % du groupe cible (50-74 ans) participe au programme de dépistage du cancer colorectal. 66 % du groupe cible (femmes de 50-69 ans) participe au programme de dépistage du cancer du sein [3].
  • En Wallonie, la participation au dépistage organisé du cancer du sein dans la population est particulièrement faible (4,3 %). Bien que de nombreuses femmes se fassent dépister en dehors du programme et que la couverture globale passe ainsi à 48,4 %, ce chiffre reste également en dessous du seuil souhaité [4].

Des taux de participation plus élevés sont essentiels pour détecter les cancers plus tôt et sauver des vies.

Nos priorités pour une politique de prévention du cancer plus forte

Le secteur biopharmaceutique soutient une approche globale et intégrée de la prévention du cancer, en mettant en avant des priorités claires en accord avec le plan européen "Vaincre le cancer".

La Belgique doit atteindre - et maintenir - les objectifs européens :

  • Atteindre 90 % de la couverture vaccinale contre le papillomavirus d'ici à 2030, et ce tant pour les garçons que pour les filles qui sont complètement vaccinés, c'est-à-dire avec deux doses comme indiqué sur l'étiquette.
  • Inviter 90 % de la population cible éligible à participer au dépistage du cancer du sein, du cancer du col de l'utérus et du cancer colorectal.
  • Réduire de 30 % de la consommation de tabac d'ici à 2025 et une génération sans tabac (moins de 5 % de fumeurs) d'ici à 2040.

Ces objectifs nécessitent un engagement politique structurel, une coordination forte ainsi qu’une communication intelligente et orientée vers les groupes cibles. En Belgique, il est théoriquement possible d'éliminer le papillomavirus et les cancers liés au papillomavirus, à condition que la vaccination et le dépistage soient bien coordonnés et largement accessibles. Cette ambition mérite d'être poursuivie.

Renforcer impérativement le dépistage et détection précoce

Les programmes de dépistage sauvent des vies, mais seulement s'ils sont utilisés efficacement. Aujourd'hui, les différences de participation restent trop importantes, tant entre les régions qu'entre les groupes de population.

Les principaux domaines d'action sont les suivants :

  • L'harmonisation entre les régions, avec une plus grande cohérence dans l'approche et la mise en œuvre.
  • Un meilleur accès pour les groupes vulnérables : les barrières socio-économiques, les barrières linguistiques, la mobilité limitée ou l'exclusion numérique ne doivent pas constituer un obstacle.
  • Des campagnes de communication claires et uniformes, adaptées aux différences culturelles et sociales.
  • Une responsabilité partagée : le succès du dépistage repose sur la coopération entre les médecins, le gouvernement, les organismes d'assurance maladie, les pharmaciens, les organisations et les établissements de soins de santé.
  • Une mise à jour continue des programmes de dépistage afin que les nouvelles technologies et les preuves scientifiques soient prises en compte dans les politiques. Cela inclut le dépistage du cancer du poumon dans les groupes à haut risque et la poursuite de l'évaluation du dépistage du cancer de la prostate, de la peau et de l'estomac.
  • L’utilisation des ensembles de données solides et qualitatifs pour contrôler et cibler les améliorations de l'efficacité des programmes de vaccination et de dépistage, en reliant les données sur la couverture vaccinale et les taux de couverture du dépistage aux diagnostics, au stade du cancer ainsi qu'aux taux de survie des patients. Ainsi, dans le respect total de la législation sur la protection des données, les chercheurs et les décideurs politiques pourront trouver de nouvelles techniques, plus ciblées et plus performantes, qui nous aideront à protéger davantage de Belges contre le cancer et à améliorer les résultats à long terme de notre lutte commune contre cette maladie.

Progresser ensemble : la prévention, une responsabilité partagée

La prévention n'est pas la responsabilité d'un seul acteur. Une politique de prévention du cancer réussie nécessite une coopération entre le gouvernement, les professionnels de la santé, les caisses d'assurance maladie, les institutions académiques, les associations de patients et le secteur biopharmaceutique.

Nous espérons donc que le nouveau plan belge de lutte contre le cancer, attendu prochainement, accordera à la prévention une place claire et ambitieuse, avec des objectifs clairs et des cibles précises pour atteindre ces objectifs. Ce n'est qu'avec un cadre de prévention solide que nous pourrons éviter une proportion significative de cancers.

La prévention du cancer n'est pas seulement bénéfique pour notre santé, mais aussi pour notre société. Investir dans la prévention, c'est investir dans la qualité de vie, l'égalité des chances et un système de santé plus durable. En tant que secteur, nous restons activement engagés, avec tous nos partenaires, à faire de la prévention un pilier à part entière, solide et tourné vers l'avenir de la politique de santé.

Marie-Vande-Ginste
Marie Vande Ginste
Prevention & Sustainability Advisor
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