Du cheval de course à la vache à lait
Durant des années, le secteur biopharmaceutique innovant a été le cheval de course de l’économie belge : un moteur essentiel de recherche, d’emploi, d’exportations et de progrès en soins de santé. Aujourd’hui pourtant, il faut constater que ce même secteur est de plus en plus considéré comme une vache à lait. À travers des augmentations successives, souvent discrètes, des charges et des clawback appliqués au budget des médicaments, la pression financière ne cesse de s’intensifier, sans qu’une véritable ambition stratégique visant à protéger la position de leader de notre pays ne soit définie en parallèle. Cela contraste fortement avec l’importance sociale et économique d’un secteur qui contribue chaque jour à de meilleurs soins et à des solutions tournées vers l’avenir.
Cette logique à courte vue se reflète également dans un manque d’ambition inquiétant en matière d’accès aux innovations thérapeutiques. La Belgique n’appartient plus au peloton de tête. Résultat : la majeure partie du budget des médicaments (52 %) est toujours consacrée au remboursement de traitements plus anciens, tandis que les thérapies innovantes parviennent difficilement, voire pas du tout, jusqu’aux patients. La nouvelle procédure, entrée en vigueur le 1er mars, visant à offrir un accès précoce et rapide aux médicaments répondant à un besoin médical urgent, constitue un pas en avant en créant une voie accélérée pour les innovations prometteuses. Mais rien ne garantit aujourd’hui que ces traitements deviendront ensuite structurellement accessibles à tous les patients qui en ont besoin. Sans transition claire, l’accès précoce risque de rester une solution temporaire, sans impact durable.
Si nous ne parvenons pas à maintenir l’attractivité de la Belgique pour les entreprises innovantes, nous mettons en péril non seulement la qualité des soins, mais aussi notre rôle en tant que pôle de connaissances et d’innovation. La Belgique n’est pas seule dans ce cas. Une étude récente de l’association européenne EFPIA montre que la position concurrentielle de l’Europe s’affaiblit déjà. Le risque est réel de revivre ce que nous avons connu dans les secteurs des véhicules électriques, de l’intelligence artificielle ou des technologies informatiques : des domaines où l’Europe a agi trop tard et cédé la main à d’autres continents. En ne reconnaissant pas explicitement le secteur biopharmaceutique innovante comme stratégique, et en ne la valorisant pas, l’Europe, et a fortiori la Belgique, risque de perdre l’un des derniers moteurs d’innovation, de productivité et d’exportation qui nous restent. Ce risque est tangible : les données les plus récentes de 2025 confirment le renversement de tendance déjà observé en 2024. En 2025 à nouveau, l’emploi, la productivité et les exportations continuent de reculer.
Le choix est pourtant clair. Soit nous maintenons la réalisation d’économies à court terme et une fiscalité qui freine l’innovation, soit nous optons délibérément pour une politique prévisible, ambitieuse et tournée vers l’avenir, qui reconnait le rôle des médicaments comme levier pour de meilleurs soins et une croissance économique durable.
C’est maintenant qu’il faut agir. Nous appelons les décideurs politiques à ne plus traiter les médicaments comme un problème budgétaire, mais comme une solution stratégique. Faites de l’accès rapide et généralisé à l’innovation une priorité politique claire. Offrez des perspectives aux patients, redonnez confiance aux investisseurs et replacez la Belgique parmi les leaders en Europe. C’est ainsi seulement que nous construirons un système de santé prêt pour demain.
C’est maintenant qu’il faut agir !
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